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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 19:25

La sortie de Justin Trudeau disant ne plus reconnaître le Canada historique sous Harper relance la réflexion sur l'avenir de ce pays. Certes, nous savons que Harper a entrepris une réingénierieconforme à la vision du Reform Party, donc moins d'état, plus de la loi et l'ordre, rattachement à la monarchie, coupures dans le social et la santé, etc. mais qu'en sera-t-il de la survie même du Canada, de son intégrité territoriale? Ici, l'enjeu canadien va au-delà de la question de l'indépendance du Québec.

 

Il est évident que le pouvoir fédéral s'est déplacé du Canada central à l'Ouest canadien. L'élection d'un gouvernement conservateur-réforme y est certes pour beaucoup, en obtenant la majorité des sièges sans le Québec. Mais ce serait oublier l'impact considérable de l'exploitation des sables bitumineux qui en augmentant la valeur du dollar a sérieusement affaibli le Canada central, l'Ontario et le Québec, en provoquant la perte de plus de 150,000 emplois dans le secteur manufacturier qui a vu ses exportations diminuer continuellement depuis 2002. En d'autres mots, le pouvoir et l'argent sont maintenant dans l'Ouest!

 

Certes, les valeurs québécoises sont à l'opposé des nouvelles valeurs canadiennes, du moins celles que veut imposer le parti conservateur. Le Québec ne se reconnaît pas dans ce nouveau Canada. La probabilité d'une sécession du Québec en augmente d'autant, surtout si le fédéral se montre moins généreux...ce qui fut le cas pour les contrats de 35 milliards $ pour les frégates, Québec n'ayant rien reçu pour son chantier Davie. On s'interroge aussi sur le financement du pont Champlain, sur le retrait partiel du fédéral en santé et possiblement sur les pensions, ce qui augmenterait par ricochet le coût de la sécurité sociale.

 

Mais d'autres velléités d'indépendance pourraient apparaître. On pense à la Colombie-Britannique d'abord. Cette province est moitié californienne et moitié...chinoise! Il ne faut pas oublier que les Rocheuses ont toujours isolé cette province. Il n'est pas certain que la C-B adoptera les valeurs d'un reform party ou se laissera appauvrir par l'Ouest. De toutes façons, je considère qu'elle est « indépendante » dans les faits. Alors...

 

Mais le grand risque est en...Ontario. Certes, Harper est allé chercher ses sièges manquants en Ontario. Cette fois-ci, car l'augmentation des sièges dans l'ouest pourrait affaiblir, voire annuler la position de force de l'Ontario. Par ailleurs, les Ontariens ont élu un gouvernement libéral alors qu'on attendait un gouvernement conservateur. En d'autres mots, l'Ontario ne semble pas prête à adopter la culture du reform party de l'Ouest. Ce qui s'explique en partie par le fond culturel des Ontariens, plutôt « british », et par le poids historique de la formation du Canada, le Haut-Canada et le Bas-Canada ayant été les assises constitutives du nouveau pays. On disait souvent chez les fonctionnaires fédéraux que Queen's Park et Ottawa étaient du pareil au même...les fonctionnaires travaillant tantôt pour l'un tantôt pour l'autre!

 

J'ajouterais la base d'une « complicité » de ces deux provinces malgré des cultures différentes. Car il y a complicité de voisinage au-delà des luttes parfois fratricides et des chicanes politiques, notamment sur la langue. Ce sont les deux provinces industrielles et financières du Canada, ce sont les deux provinces qui ont marqué l'histoire politique, ce sont les deux provinces « métropolitaines  et culturelles», qui ont et font encore rayonner le Canada à l'international. Serait-on surpris qu'elles songent un jour à former un nouveau pays ensemble si elles sont acculés au pied du mur ?

 

L'hypothèse d'un « Pays Ontario-Québec » n'est pas si incongrue qu'elle en a l'air. Ce serait un compromis qui ne ferait que continuer la situation actuelle mais sans les vicissitudes d'un pays sous la domination du reform party...

 

Quant à l'Ouest, la survie du Canada actuel ne semble pas être un enjeu. La richesse aveugle et rend « indépendant » certes, mais le fond culturel « cowboy du Texas » se suffit à lui-même. L'ouest pourrait tout naturellement s'annexer aux États-unis!

 

Reste l'Est canadien. Il apparaît, dit sans méchanceté ici, comme un no man's land : quatre provinces, quatre « petits pays » pays! Isolés les uns des autres? En partie, car Terre-Neuve « irlandais » a bien des points communs avec le Québec, les francophones du Nouveau-Brunswick ne sont pas hostiles aux québécois, les anglophones peuvent se reconnaître en Nouvelle-écosse, bien que celle-ci soit très loyalistes. L'Île-du-Prince-Edouard est depuis toujours British. Essayez de rattacher cet ensemble plutôt hétéroclite et de surcroît plutôt pauvre, avec l'ouest canadien. Ou essayez de faire un pays avec autant de différences et d'attachements particuliers.

 

Un historien féru de l'histoire canadienne pourrait faire valoir que je coupe court parfois, ou souvent, ou que j'oublie bien des facteurs conditionnant l'appartenance à un pays. Bienvenue, car cela ferait avancer la réflexion et préciserait les enjeux. Il n'en reste pas moins que les Canadiens, et évidemment les Québécois, commencent à se demander où va le Canada, du moins s'y reconnaissent de moins en moins, et que, si la tendance se maintient, je crois même qu'elle s'amplifiera, que cela met en péril l'existence même du Canada. « What does Canada want » n'est plus pertinent!

 

Marcel Plamondon, MAP

Sociologue.

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Published by Chroniqueur - dans Politique Québec
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