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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 22:37
Au-delà des études environnementales, les études économiques, fiscales, comptables et, non moins importantes, socio-économiques s'accumulent. On commence à y voir plus clair. Sur ce plan, c'est aussi inquiétant que sur le plan environnemental. Et une question se pose : qui empoche au juste ?

Je ne reprendrai pas ici les excellents reportages de Jean-François Lisée et de Greenpeace Canada. Je tire seulement les conclusions et élargis le débat. Voici d'abord les liens web de ces études, c'est à lire :

Lisée : Pétrole: 14 milliards de dollars québécois plus tard :
http://www2.lactualite.com/jean-francois-lisee/petrole-14-milliards-de-dollars-quebecois-plus-tard/1760/#more-1760

Greenpeace : Les coûts sociaux
http://www.greenpeace.org/canada/fr/campagnes/sables-bitumineux/dangers/couts-sociaux

Le Québec et l'Ontario sont perdants. La stimulation économique de l'exploitation des sables bitumineux augmente la valeur de la devise canadienne avec pour conséquence première de freiner les exportations manufacturières, donc des pertes d'emplois par milliers -Lisée mentionne le chiffre de 55,000 emplois perdus entre 2002 et 2007 juste au Québec. Imaginons ce qu'il advient de tous ces chômeurs-du-pétrole et de leurs familles. Faut donc ajouter des coûts sociaux supplémentaires, incluant les coûts de santé. C'est sans compter tous les emplois qui ne seront jamais créés à cause de la ponction des fonds publics pour soutenir l'industrie du pétrole (les économistes appelent ces coûts des coûts d'opportunité) : on parle de 70 milliards entre 1970 et 2000. Ce montant représente combien d'emplois ? On n'ose l'imaginer.

La péréquation compense-t-elle ? L'Alberta se pète les bretelles et rage d'entretenir les pauvres du Québec et de l'Ontario, pauvres qu'elle a elle-même créés en partie. Mais la péréquation ne peut aucunement compenser compte tenu des sommes d'argent considérables perdues. C'est comme si nous disions que l'assurance-chômage compense pour la perte d'un emploi alors qu'elle n'est qu'un pansement sur une blessure infectée.

Mais l'Alberta elle-même est perdante. Le boom pétrolier augmente le coût de la vie et crée donc des distorsions parfois dramatiques pour la population. Le reportage de Greenpeace le montre clairement : augmentation des coûts du logement et rareté, augmentation des coûts des services de métiers et professionnels, des coûts de santé, etc. Conclusion : faut bien parler d'appauvrissement de la population albertaine. La situation doit être dramatique pour les plus démunis.

Trop d'argent trop soudainement pertube toute l'économie et la société ! Mais il y de l'argent, direz-vous, beaucoup d'argent. Oui, beaucoup...pour les pétrolières et leurs actionnaires. Des profits records, des rendements sans précédents pour les investisseurs. Le Klondike ! Et beaucoup d'argent qui en plus sort du Canada. Les investisseurs, c'est bien connu, sont apatrides.

Ces conclusions sont partielles bien sûr, car il nous faudrait considérer bien d'autres calculs comme la balance import-export, l'investissement des actionnaires au Canada, etc. Mais je doute que la conclusion générale des impacts économiques soit positive. Quant à l'impact social, c'est clairement négatif.

Il faut aussi évaluer les impacts à long terme. Lisée touche à certains points dans les pertes d'emplois à venir pour les prochaines 25 années. Mais il y a plus et beaucoup plus. Le déboisement de la forêt boréale pour extraire les sables bitumineux aura certes un impact environnemental en termes climatiques d'abord, dans la rétention d'eau, et ensuite, sur les éco-systèmes de la flore et de la faune. Mais aussi un impact économique considérable : à terme, cette exploitation crée une désertification à la mesure du déboisement de la forêt amazonienne. Qu'on me reprenne ici si j'ai tort. Des coûts économiques, sociaux (on pense aux peuples amérindiens) et environnementaux effarents. On connait le sort de la désertification au sud-sahara et de plus en plus en Chine (où des milliers de villages sont abandonnés année après année).

Les coûts économiques nationaux et locaux ne sont qu'un aspect des coûts économiques réels car il faut inclure les coûts à l'échelle mondiale. Je ne parle pas seulement ici des coûts engendrés par le réchauffement climatique, qui vont devenir de plus en plus réels avec le temps mais aussi des coûts en termes de ce que j'appelle de sous-développement durable. Faut pas être sorcier pour deviner ce que feront les riches actionnaires des pétrolières : d'autres investissements dans tous les secteurs de toutes les économies. On pense à l'utilisation de terres à grains converties en terres de bio-carburants. Mais investir surtout dans celles de pays "qui n'ont pas le choix de refuser" ou carrément corrompus est très mais très payant : on pense aux mono-cultures comme le café, la canne à sucre, etc. Donc ici un élargissement du fossé entre riches et pauvres.

Ces coûts sont bien réels car les sommes d'argent investies dans les sables bitumineux étant considérables ne peuvent pas ne pas avoir d'effet significatif. Comme il s'agit d'investissements dans des énergies dépassées en raison principalement de la surpopulation, donc de la demande d'énergie, les effets ne peuvent être que désastreux à long terme et ce, sur tous les plans.

Marcel Plamondon, MAP
sociologue / relations industrielles
conseiller économique fédéral à la retraite

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Published by Chroniqueur - dans Sables bitumineux
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