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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 07:39

Les effets néfastes de l'exploitation des sables bitumineux sur l'environnement sont multiples et parmi les plus grands générateurs de gaz à effet de serre. On trouvera une documentation dès plus complètes sur la page Facebook Ensemble contre les sables bitumineux. Cependant, on oublie des effets tout aussi néfastes sur l'économie : enfermement du « Canada dans un modèle de développement dépendant du carbone qui nuit à l’innovation, en plus d’échapper au contrôle de l’État » (Polaris), désintégration du secteur manufacturier canadien, augmentation des coûts des touristes canadiens à l'étranger, freinage des investissements, donc aussi de l'emploi, dans le secteur des énergies renouvelables, appauvrissement de la province productrice, l'Alberta, et du Canada, et, non des moindres, maintien d'un faible prix mondial du pétrole permettant d'augmenter le parc automobile et donc nécessitant la construction de nouvelles routes et une pression accrue sur l'entretien des infrastructures de transport déjà vieillies.

 

La désintégration du secteur manufacturier canadien est probablement l'effet économique négatif le plus senti et immédiat au cours des 10 dernières années. C'est ce qu'on appelle <<le mal hollandais>> : un dollar gonflé par l'offre et le prix du pétrole nuit aux exportations manufacturières devenues trop chères. On parle d'une perte autour de 500,000 emplois et des emplois bien payés (Pétrole : l'ouest ou pas l'ouest?). « il y a des liens importants entre le pétrole, le dollar et les emplois manufacturiers. Ainsi, les prix du pétrole ont bondi de 300 % depuis 10 ans, le dollar canadien, de 50 %, tandis que les emplois manufacturiers ont chuté de 30 %. » (Gérald Fillion).Les principales victimes ont été le Québec et l'Ontario. En plus, le secteur pétrolier ne comble pas le vide de l'emploi ainsi créé car c'est un secteur peu intensif au niveau de l'emploi (idem). 

 

Cette désintégration du secteur manufacturier n'est pas sans affecter la balance commerciale du Canada. Le NPD le faisait remarquer en avril 2013 en déclarant que « le déficit commercial du secteur manufacturier a presque quadruplé depuis 2006, s’établissant à un peu plus de 100 milliards $. »  Constat que fait le monde des affaires en février 2013 en mentionnant que le déficit canadien reste énorme. Voir le tableau de l'évolution de la balance commerciale canadienne entre 1960 et 2011.

 

Paradoxalement, l'Alberta, province productrice de ce pétrole issu des sables bitumineux, s'appauvrit. La province annonce un manque à gagner de 6 milliards $ pour 2012-2013 (Gérald Fillion). Certes, le prix du pétrole albertain est en-dessous du prix mondial en raison des difficultés d'exportation de ce pétrole (retard de la mise en place des oléoducs) mais il faut aussi souligner le caractère mono-industriel de l'économie de cette province qui ne table que sur le secteur des ressources. L'avenir s'annonce sombre pour l'Alberta, et pour le Canada, même avec un prix plus élevé du baril de pétrole : « La stratégie sur le bitume que suit actuellement le Canada ne fait pas qu’endommager l’environnement. Elle laisse notre économie très vulnérable à la contraction des marchés du bitume au moment où le monde se tourne vers des carburants moins polluants»(Polaris). Et ce constat ne semble pas tenir compte du coût de restauration des sites pétroliers ni des possibles intoxications des nappes phréatiques avoisinantes et même lointaines, sans oublier les problèmes de santé qui commencent à apparaître chez les travailleurs et ceux dénoncés chez les populations amérindiennes (cancer).

 

Comme si ce n'était pas assez, l'emphase mise sur le pétrole non conventionnel, en augmentant l'offre, va maintenir un prix du baril en bas de 100 $, retardant d'autant le développement d'énergies alternatives plus propres, avec toutes les conséquences environnementales et économiques que cela implique (Agence internationale de l'énergie). Le XXIe siècle énergétique risque de ressembler au XXe siècle mais avec une grosse hypothèque : un taux de GES qui a déjà fait augmenter la température de globe de 2 degrés C. limite au-delà de laquelle le climat va s'emballer, et des infrastructures de transport déjà à leur fin de vie. Doit-on dire « Bienvenue en enfer »?

 

"le Canada démontre de plus en plus deux des caractéristiques les plus néfastes des États pétroliers. Tout d'abord, le Canada démontre des signes inquiétants de syndrome hollandais avec un cœur manufacturier qui s'est contracté du tiers sous l'effet d'un dollar dopé par les revenus pétroliers. Le Canada est aussi devenu un cancre de l'innovation et de la productivité. Ensuite, les attaques systématiques contre les scientifiques et les groupes écologistes, le démantèlement des lois assurant la protection de l'environnement et de la santé humaine, et les atteintes aux droits fondamentaux des peuples autochtones ne sont que quelques exemples d'un pouvoir central qui fait tout pour écraser la dissidence. L'économie et la démocratie canadiennes se désagrègent au contact du pétrole. Le Canada ressemble de plus en plus à ces pays d'où nous provient ce pétrole qu'on qualifie de non-éthique." http://www.davidsuzuki.org/fr/blogues/le-nid-du-colvert/2013/04/notre-keystone/

 

Marcel Plamondon, MAP

Sociologue

 

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Published by Chroniqueur - dans Économie
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